L'économie circulaire : une solution au recyclage de verre au Québec ?

Alors qu'une entente de 100 millions de dollars pour le recyclage du verre au Québec avait été signée en mars dernier, et que les députés s’apprêtent à se pencher sur les problèmes du recyclage du verre et à discuter d’une consigne élargie, une entente de principe vient d’être conclue entre un fabricant de contenants de verre et un recycleur. L'économie circulaire pourrait-elle faire partie de la solution ? 

L’entente survenue entre le Groupe Bellemare de Trois-Rivières et la seule fonderie de verre au Québec Owens Illinois (OI Canada), avec l’aide d’Éco Entreprises Québec (EEQ), devrait permettre de fabriquer des bouteilles et des contenants à partir du verre issu des bacs de recyclage.

«Ce sera une première. On n’a jamais fabriqué de bouteilles avec du verre de récupération», explique François Carrier, directeur de l’usine d’OI Canada à Montréal.

Cette entente favorisant l'économie circulaire pourrait sortir le Québec de la crise du recyclage du verre, selon EEQ qui s’oppose à une consigne sur le verre.

En 2018, 72 % du verre généré au Québec a été envoyé à l’enfouissement, selon Recyc-Québec.

La fonderie fabrique uniquement des contenants et des bouteilles à partir du verre consigné, puisque le verre des centres de tri est trop contaminé.

Verre insuffisant

L’entreprise doit même acheter du verre consigné du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario. L’entreprise 2M Ressources de Saint-Jean-sur-Richelieu qui fournit aussi OI Canada va aussi chercher du verre jusqu’aux États-Unis. Et encore, les quantités ne sont pas suffisantes.

«Ça fait plusieurs années qu’on veut ravoir du verre recyclé à l’usine et on n’en a pas assez», affirme M. Carrier.

De son côté, le Groupe Bellemare, qui recycle du verre surtout utilisé pour le sablage au jet, croit pouvoir fournir environ 35 000 tonnes de verre de qualité à la fonderie grâce à de nouveaux équipements de tri optique qu’il promet d’acheter.

«On est allés voir en Europe et aux États-Unis, on a rencontré des fabricants d’appareils de tri optique et pour le nettoyage, on le maîtrise, il s’agit maintenant juste d’acheter la technologie pour démêler le verre selon les couleurs», explique le président de l’entreprise Serge Bellemare.

«Ils ont fait leurs devoirs et nous avons confiance que ça va fonctionner», souligne M. Carrier. Comme le Groupe Bellemare n’a pas encore acheté l’équipement, la qualité de son verre n’a pas encore été évaluée par OI Canada.

D’autres projets pilotes ont déjà donné des résultats décevants par le passé. Mais OI Canada se dit cette fois très optimiste puisque la technologie est déjà utilisée par des entreprises américaines.

Entente conditionnelle

Le projet est toutefois assujetti à une condition essentielle : le gouvernement doit mettre fin à l’autorisation temporaire d’envoyer le verre à l’enfouissement.

EEQ et OI Canada insisteront sur ce point au cours de la commission parlementaire qui se penchera aujourd’hui à l’Assemblée nationale sur le recyclage du verre.

«On va devoir investir plusieurs millions de dollars, alors pour pouvoir rentabiliser nos investissements, il faut sécuriser nos approvisionnements, et, présentement, ce n’est pas réalisable, on n’a pas assez de verre», explique M. Bellemare.

Trop peu recyclé

  • Le taux d’acheminement aux fins de recyclage du verre était de 28 % en 2018, contre 14 % en 2015.

  • Cela signifie que 72 % du verre mis au recyclage et à la poubelle au Québec a été envoyé à l’enfouissement en 2018, où il sert principalement de matériau de recouvrement. 

  • À la maison, les Québécois jettent à la poubelle environ 22 % de verre recyclable. 

  • Quant au verre qui se rend au centre de tri, la proportion sortant ayant été acheminé vers le conditionnement ou le recyclage, était de 37 % en 2018 (source : Recyc-Québec). 

Un problème qui dure depuis 2013

Depuis 2013, les centres de tri peuvent envoyer le verre dans les sites d’enfouissement où il est notamment utilisé comme matériau de recouvrement. Cette mesure avait été prise après la fermeture de Klareco, la principale usine de recyclage du verre qui était située à Longueuil.

  • Klareco envoyait une petite partie de son verre chez Owen Illinois, mais la qualité laissait à désirer. «On leur retournait des camions, car ce n’est pas du verre qu’il nous envoyait, mais des déchets : c’était trop contaminé», illustre le directeur de l’usine, François Carrier.

  • Éco Entreprises Québec (EEQ), qui finance la collecte sélective par l’entremise des contributions des entreprises, privilégie les solutions de recyclage et s’oppose à un système de consigne. L’organisme croit que le nerf de la guerre est de développer des marchés au Québec pour les matières qui se retrouvent dans le bac. «On finance le bac de récupération [...] on a toujours cru à ce système et il a besoin d’investissement et d’être mieux encadré, croit la PDG Maryse Vermette. Chaque fois qu’on enlève une matière du système, on vient l’affaiblir.»

  • En juin dernier, Le Journal de Québec révélait que le gouvernement Legault planchait sur un projet d’élargissement de la consigne aux bouteilles de plastique et aux contenants de verre. Le cabinet du ministre de l’Environnement Benoit Charette a même présenté ce plan à des représentants de l’industrie. Le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait aussi étudié cette option avant de reculer.

  • Si le gouvernement accepte d’interdire l’enfouissement du verre, EEQ croit que l’on se dirige vers une sortie de la crise du verre. «D’autres projets sont aussi en cours [...] et je dirais que dans un horizon de 18 à 24 mois, le verre au Québec pourra être valorisé à 100 %», affirme Mme Vermette.

PHOTO : CHANTAL POIRIER
ARTICLE INTÉGRAL REPRIS DU JOURNAL DE QUÉBEC

Modéré par : Ariane Legault

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Commentaires


  • Publié le 12 août 2019 - 00:00 GMT
    par Ariane Legault|Quebeccirculaire.org
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