La bioéconomie : Une économie qui vise l'utilisation efficace des ressources naturelles

La bioéconomie, une évolution « naturelle » de l’économie?

Pour un pays pionnier de la révolution verte comme la Finlande, dont 80 % du territoire est couvert de la forêt, la bioéconomie est apparue comme un choix logique alors que ses deux grands secteurs économiques, le papier et la téléphonie mobile connaissaient des difficultés. 

Sa stratégie bioéconomique a permis de diminuer sa dépendance aux ressources fossiles, lutter contre l’appauvrissement des écosystèmes, stimuler la croissance économique et créer de nouveaux emplois, tout en respectant les principes du développement durable. La stratégie finlandaise vise à augmenter le chiffre d’affaires de la bioéconomie à 100 milliards d’euros d’ici 2025 et à créer 100 000 nouveaux emplois dans le secteur. Et ce n’est qu’en exemple parmi d’autres, la bioéconomie connaît un essor marqué partout dans le monde.

Qu’est-ce que la bioéconomie?

La bioéconomie s’inscrit dans le contexte plus large de l’économie verte, c’est-à-dire une économie respectueuse de l’environnement qui utilise de façon plus efficace les ressources naturelles.

De manière plus précise, l’objectif est de passer d’une économie dépendante des ressources fossiles à une économie basée sur la biomasse, c'est-à-dire basée sur des ressources renouvelables (de la production à la transformation, jusqu’à la valorisation des co-produits et des biodéchets). Elle se veut également une source de sécurité alimentaire.

Ainsi, la filière comprend une grande diversité d’acteurs et domaines d’intervention :

  •   Les producteurs à l’amont : agriculture, forêt et pêche; 
  •   Diversité d’usages en aval : alimentaire, matériaux, énergie et valorisation des biodéchets.

Voici des exemples issus de la bioéconomie

Des biocarburants avancés; la gomme en cellulose pour donner plus d’épaisseur aux yogourts; des produits en huile de pin pour colles; des pneus des automobiles contenant du caoutchouc et de l’huile naturels; des crèmes cosmétiques contenant des baies de bois; des matériels médicaux; des emballages biodégradables, etc.

Qui plus est, l’idée selon laquelle le secteur manufacturier se tourne vers la fabrication de produits chimiques à partir d’usines de micro-organismes plutôt que de raffineries de pétrole commence de plus en plus à faire son chemin, affirme l’OCDE, dans une analyse sur la question

  •  Plastique : peut être fabriqué à partir de la fermentation au lieu de l’huile (fabrication traditionnelle) ;
  •  Carbone d’origine biologique; 
  •  Pneu de voiture : peut être fabriqué en latex biosourcé qui lui est fait à base de pissenlits; 
  •  Tapis : peut être fabriqué à partir de sucre; 
  •  Fil électrique : peut être fabriqué de graphène provenant de la transformation de l’huile de soja au lieu de les concevoir en cuivre. 

Sur le site Fast Company, on mentionne que des ingénieurs ont trouvé le moyen de transformer des retailles de pommes de terre générées lors de la production de frites surgelées en une fibre pouvant être transformée en matériaux de construction. L’avantage est double : en plus de réduire la production de déchets, cette matière organique peut remplacer un produit comme les planches de panneau de fibres à densité moyenne sans recourir à des produits chimiques, voire même toxiques, et en prime, elle est complètement recyclable.

Également, une dépêche de l’agence Reuters annonce que la société espagnole Ananas Anam a développé un textile appelé Piñatex, conçu à partir des feuilles des ananas qu'elle présente comme une solution de rechange au cuir animal. Le caractère transversal de la bioéconomie offre donc une opportunité de répondre de manière globale aux défis sociétaux interconnectés, tels que la sécurité alimentaire, la dépendance vis-à-vis des ressources fossiles, la pénurie des ressources naturelles et le changement climatique, tout en réalisant un développement économique durable.

La création du premier groupe de travail international sur la bioéconomie durable en 2016

C’est sous l’initiative du ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture (BMEL) qu’a été fondé le premier groupe de travail international sur la bioéconomie. En mars 2018, il comptait 23 membres :

11 pays
(Afrique du Sud, Allemagne, Argentine, Brésil, Chine, États-Unis, Italie, Kazakhstan, Malaisie, Pays-Bas et Uruguay);

  •  Conseil allemand de bioéconomie;
  •  Commission européenne;
  •  Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE);
  •  Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CIAT);
  •  Programme des Nations unies pour le développement (PNUE);
  •  Fonds mondial pour la nature (WWF);
  •  Conseil nordique des ministères;
  •  Consortium sur les industries biosourcées de l’Union européenne;
  •  Université de Wageningen;
  •  Conseil mondial des entreprises pour le développement;
  •  FAO.

Le BMEL a financé la FAO pour qu’elle travaille sur des directives concernant la bioéconomie. Le projet s’est amorcé en mars 2017 et prendra fin en août 2020. Les directives seront approuvées au cours de réunions régionales et particulières des parties prenantes. 

Le projet vise essentiellement à définir des lignes directrices en matière de bioéconomie pour aider les pays et les acteurs du domaine à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies, des politiques et des programmes nationaux et régionaux de bioéconomie durable.

Mise en place par l’Europe des stratégies en matière de bioéconomie

Annoncée par le président Juncker en 2018, la nouvelle stratégie européenne pour la bioéconomie fait partie des actions de la Commission européenne pour donner un nouvel élan à l’emploi, à la croissance et à l’investissement dans l’Union européenne. La bioéconomie est susceptible de créer un million de nouveaux emplois verts d’ici l’année 2030.

Pour piloter cet effort collectif, la Commission lancera en 2019 14 mesures concrètes axées sur trois objectifs clés :

Développer et renforcer les biosecteurs en créant une plateforme d’investissement thématique pour la bioéconomie circulaire, dotée de 100 millions d’euros, afin de rapprocher les « bio-innovations » du marché et de réduire les risques pour les investissements privés en solutions durables; faciliter la mise en place de nouvelles bioraffineries dans toute l’Europe.

Déployer rapidement la bioéconomie dans toute l’Europe en mettant au point un programme stratégique de déploiement centré sur les systèmes alimentaires et agricoles durables, la sylviculture durable et les bioproduits; en créant un mécanisme pour soutenir l’Union européenne en matière de politiques de bioéconomie afin d’aider ses pays membres, dans le cadre d’Horizon 2020, à se doter de programmes nationaux et régionaux de bioéconomie; en lançant des actions pilotes pour le développement de la bioéconomie dans les zones rurales, côtières et urbaines.

Protéger l’écosystème et comprendre les limites écologiques de la bioéconomie
en mettant en œuvre un système de suivi à l’échelle de l’UE pour mesurer les progrès accomplis vers une bioéconomie durable et circulaire; en améliorant les connaissances sur certains domaines particuliers de la bioéconomie en recueillant des données et en les rendant plus accessibles grâce au Centre de connaissances sur la bioéconomie.

Une stratégie bioéconomie pour la France, le plan d’action 2018-2020 

La stratégie française bioéconomie, qui a été présentée au Conseil des ministres le 18 janvier 2017, dé?nit un cadre de développement durable de la bioéconomie. Le plan d’action.  Ce lien mène à un site qui n'est peut-être pas soumis au standard gouvernemental sur l'accessibilité. décline la stratégie en actions, a?n de déployer de manière opérationnelle la bioéconomie sur le territoire français au cours des années 2018, 2019 et 2020.

Plutôt axé sur le cadre et les outils nationaux, le plan d’action se décline en cinq axes :

1. Améliorer la connaissance.

2. Promouvoir la bioéconomie et ses produits auprès du grand public.

3. Créer les conditions propices à une rencontre entre l’offre et la demande.

4. Produire, mobiliser et transformer durablement des bioressources.

5. Lever les freins et mobiliser le Financement.

Le plan d’action gouvernemental 2018-2019 de la Finlande 

Dans son plan d’action gouvernemental 2018-2019, la Finlande a fait de la bioéconomie et des solutions propres l’une de ses cinq priorités stratégiques. Le pays s’est donné comme but de devenir, d’ici l’année 2025, un pionnier des bioéconomies, des économies circulaires et des technologies propres. 

Quatre situations sous-tendent cette priorité

1. La Finlande a atteint les objectifs climatiques de l’année 2020 à l’avance. L’importation d’énergie fossile a été remplacée par de l’énergie locale, propre et renouvelable. 

2. La croissance des entreprises de technologies propres, l’augmentation de l’utilisation durable des ressources naturelles et des entreprises rurales pluriactives ainsi qu’une économie circulaire efficace ont contribué à créer de nouveaux emplois sans compromettre la protection environnementale. 

3. Le fardeau administratif qui a ralenti les efforts de régénération a été considérablement réduit.

4. La rentabilité de la nourriture produite s’est améliorée, et la balance commerciale a augmenté de 500 millions d’euros. 

L’absence d’une stratégie canadienne

Selon la Chambre de commerce du Canada, le Canada est le seul pays développé qui n’a pas de stratégie ni de politique fédérale de croissance économique à long terme axée sur la bioéconomie. Dans une résolution politique adoptée en 2015, la Chambre de commerce est d’avis qu’une telle stratégie aurait pour résultat net la création de nouvelles entreprises, la revitalisation d’anciennes entreprises et des emplois pour les Canadiens. Cela aurait pour effet de créer une vaste gamme de produits tels que des biocarburants, des biomatériaux, des produits biochimiques, des produits de santé naturels et des produits pharmaceutiques tout en minimisant l’impact environnemental.

Un avenir prometteur, mais de nombreux défis pour la bioéconomie

Cette transition biotechnologique s’avère prometteuse sur plusieurs plans : emplois locaux, revitalisation économique pour les régions éprouvées, économie circulaire et réindustrialisation. Les bioraffineries auront besoin d’avoir un accès facile aux matériaux de la biomasse; c’est donc pourquoi elles devraient être situées dans des zones rurales ou semi-rurales. 

Cependant, avant que la bioéconomie devienne une réalité, de nombreux obstacles doivent être levés. Par exemple, une demande accrue de biomasse peut exercer une pression sur les terres qui sont utilisées pour la culture vivrière. Cette préoccupation s’est manifestée il y a quelques années lorsque la production de biocarburants s’est accélérée.

Pour sa part, l’OCDE encourage ses membres à concevoir et à mettre en œuvre des cadres nationaux pour évaluer la durabilité des bioproduits. Elle les incite également à utiliser des analyses de cycle de vie (tout ce qui entre dans un processus biotechnologique et tout ce qui est produit par le processus) chaque fois que c’est possible.

Assurément, la bioéconomie s’avère un thème porteur pour l’avenir puisque la substitution des ressources fossiles par des ressources renouvelables représente l’une des ambitions phares de la bioéconomie durable. Et cette « révolution » se répand dans des secteurs aussi divers que la chimie, l’industrie, l’agriculture, la forêt et le bâtiment.

D’après le Forum économique mondial, la bioéconomie représenterait l’avenir du secteur de la fabrication durable.

 

Pour plus d'information

 

Crédit photo : © SSilver-Fotolia.com
Texte intégral tiré de la Revue annuelle des tendances 2019 du bulletin VECTEURS du Ministère de l'Économie et de l'Innovation.   

Modéré par : Ariane Legault

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