Transformation circulaire de l’emballage: où en sommes-nous? Où allons-nous?

 
Le RDV Québec Circulaire x ÉEQ a suscité beaucoup d’intérêt et encore plus de questions pertinentes sur l’emballage et ses transformations dans les prochaines années. (Ré)écoutez l’enregistrement de l’événement!

Fabrice Peltier, designer spécialisé en écoconception a partagé ses réflexions sagement approfondies sur le sujet de l’emballage et s’est montré enthousiaste face à leur transition circulaire.

On ne peut pas penser qu’en 2040, ce modèle [linéaire] sera encore le modèle, puisque je le vois complètement se retourner. C’est de plus en plus le produit qui vient au consommateur.

Fabrice Peltier ajoute: «Ça va avec le commerce en ligne. C’est vraiment un autre type de cheminement qui va forcément changer l’emballage et qui pour le coup permet assez facilement de faire des emballages réemployables parce que la personne qui amène le produit est aussi à même de revenir avec des emballages vides.»

Comme le designer le mentionne, l’emballage n’est que le reflet de la société qui, comme elle tend à changer, transformera avec elle ses emballages.

Pour poursuivre la discussion, Geneviève Dionne, designer industriel, directrice écoconception et économie circulaire de Éco Entreprise Québec, répond à nos questions.

Est-ce que le vrac c'est LA solution?

GENEVIÈVE DIONNE// Non, c’est plutôt l’UNE des avenues pour effectuer les transformations nécessaires dans le commerce de détail. Il faut réfléchir plus globalement.

L’emballage joue un rôle important dans la conservation des aliments par exemple. Le risque de gaspillage alimentaire pourrait avoir plus d’impact que l’emballage lui-même. Ce n’est pas non plus tous les produits qui peuvent être vendus en vrac. Pensez à l’eau de javel!

Le vrac ne veut pas non plus dire «pas d’emballage du tout». C’est une offre de produits où le consommateur a une part de responsabilité dans la conservation de ce qu’il vient chercher et la gestion de ses emballages en termes d'hygiène. Les stations de vrac ne sont pas toutes zéro déchet. Elles peuvent offrir des emballages à usage unique, même si l’objectif est de les éviter le plus possible. Certaines nécessitent aussi de l’énergie et de l’entretien. Nous devons penser à plus large échelle, au niveau du système de production, de distribution et de consommation et adopter des pratiques harmonisées d’hygiène et de salubrité.

Des emballages compostables, est-ce que ce serait souhaitable à moyen ou long terme?

GENEVIÈVE DIONNE// Oui et non. D’abord, les emballages dits compostables doivent être correctement certifiés ET acceptés dans les filières du compostage et de la biométhanisation, ce qui n’est pas toujours le cas. La mission de ces filières n’est pas non plus de gérer des emballages ni de trier des matières. C’est de transformer la matière putrescible en ingrédient nutritif pour un retour au sol.

Le compostable peut être une solution dans le cas de produits alimentaires, si l’emballage est trop souillé pour être recyclé, mais rappelons-nous que les emballages compostables ne permettent pas de conserver leur matière dans les boucles d’usage, de réutilisation et de recyclage.

Entre 100% recyclable et 100% recyclé, il y a encore une grande marche à surmonter. Vos réflexions à ce sujet?

GENEVIÈVE DIONNE// Il faut départager recyclable et contenu recyclé. Un emballage peut être recyclable, mais ne sera pas nécessairement recyclé en boucle fermée. Par ailleurs, la matière recyclée peut avoir différents chemins pour la seconde vie et cette approche de boucle ouverte n’est pas unique à l’emballage. Il se peut qu’un emballage, en fin de vie utile, soit transformé pour des usages dans d’autres secteurs d’activités. Certaines matières perdent leurs propriétés chimiques, physiques, mécaniques et esthétiques lors des cycles de conditionnement et de recyclage. Il faut donc nécessairement aussi prévoir un certain apport de matières vierges dans la chaîne.

Les systèmes de contenants consignés et réutilisés sont-ils le futur de l'emballage?

GENEVIÈVE DIONNE// Si on parle particulièrement d’une consigne comme La Tasse ou Retournzy, des contenants à remplissage multiples en circuit fermé, c’est plutôt intéressant. Le système doit permettre une réduction nette de nos matières résiduelles. À usage unique ou durable, un emballage doit être conçu pour être tout de même recyclé en fin de vie.

Il faut aussi penser à l’utilisateur et ne pas quintupler ses déplacements vers différents points de chute, évaluer les besoins en termes logistiques pour le retour et la gestion des contenants. Je reviens encore à la question de l’échelle du système et non uniquement l’emballage et son contenu. Il faut faciliter autant que possible l’adoption de nouvelles pratiques circulaires et c’est pourquoi il faut bien réfléchir à la question des scénarios d’usage.

Qu'en sera-t-il du plastique qui a très mauvaise presse, pourtant recyclable et recyclé?

GENEVIÈVE DIONNE// Chaque matériau a ses propriétés et ses caractéristiques. La problématique réside souvent dans le fait qu’on utilise mal les ressources et on ne maximise pas leur productivité. Il faut penser en termes de cycle de vie et se questionner sur le besoin. Diluer l’utilisation du plastique dans une matière peut conduire à sa non-recyclabilité, ce qui ne solutionne pas la question d’une bonne gestion en fin de vie utile d’un emballage.

Il faut faire de meilleurs usages du plastique dans une optique de boucler la boucle. Le plastique a de bonnes propriétés mécaniques, chimiques et physiques qui sont, dans certains usages, difficile à remplacer par d’autres matériaux. Les emballages et contenants de plastique doivent aussi intégrer davantage de contenu recyclé, dans le respect des enjeux de santé et de sécurité et sans en affecter la performance.

Comment intéresser les designers à la question et comment faire pour modifier les pratiques dans l’industrie du design pour plus d’écoconception, plus de design circulaire?

GENEVIÈVE DIONNE// Il faut certainement développer des programmes académiques avec des cours théoriques et pratiques sur ces questions. Il faut donner aux designers les outils nécessaires, les inclure dans les réflexions stratégiques, les feuilles de route. Des outils d’évaluation et de mesure, des grilles multicritères, des lignes directrices, etc. ÉEQ a d’ailleurs créé le Portail Écoconception qui présente l’approche d’écoconception, des outils et facilite la recherche d’information.

Quelques exemples de design inspirants qui offrent des pistes intéressantes pour l’avenir de l’écoconception?

GENEVIÈVE DIONNE// Il y a des innovations intéressantes notamment dans les papiers avec couches barrières (l’imperméabilisation des papiers-cartons – la chromatogénie). Les innovations du type Holy Grail pour l'identification et la traçabilité des emballages sont aussi fascinantes parce qu’elles encouragent la collaboration et le travail multipartite.

Certaines tendances ou innovations en ce qui concerne les emballages auxquelles on devrait s’intéresser davantage?

GENEVIÈVE DIONNE// Certaines initiatives très simples, voir rétro, comme l’élimination du plastique de groupement pour des produits comme le papier hygiénique sont franchement efficaces. Passer des plastiques colorés aux plastiques transparents pour une meilleure recyclabilité en est un autre exemple. La simplification des emballages passe par des actions comme celles-ci.

La recherche qui se fait pour produire des emballages monomatériau, 100% recyclable, est à suivre avec intérêt. Finalement, toutes sortes de matériaux alternatifs (algues, coquillage, plastique marin, plastiques végétaux, etc.) voient le jour et ce sont de nouvelles opportunités. Il faut pour ces innovations, surtout lorsqu’on parle de matériaux émergents, réfléchir plus largement à la question de la gestion en fin de vie utile, pour qu'elles ne soient pas de nouveaux résidus pour lesquels on n’a pas de solution.

Pour aller plus loin, consultez les récents ouvrages de Fabrice Peltier et (ré)écoutez le RDV Québec circulaire x ÉEQ!

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