Acteurs de l’économie circulaire   

La transition vers une économie circulaire nécessite l’implication et la collaboration de tous les acteurs de la société, des entreprises qui produisent les biens et services, aux consommateurs qui les achètent, en passant par les gouvernements locaux, provinciaux et fédéraux qui mettent en place les programmes et législations appropriées.

Au sein même des organisations, cette transition suppose la contribution concertée de plusieurs fonctions. Pour outiller les individus et préparer la relève, le milieu académique devra entreprendre le développement de nouveaux apprentissages et de savoir. Une grande variété de disciplines est concernée, dont l’ingénierie, la gestion, l’environnement, l’économie, la sociologie, le design, l’urbanisme, le droit et le marketing.

En valorisant l’impact collectif des initiatives individuelles et ciblées, l’économie circulaire peut représenter un puissant levier de changement.

 

Acteurs de la société   

Que l’on déploie l’économie circulaire à l’échelle d’un territoire ou d’un secteur d’activité, les entreprises y jouent un rôle central. Elles sont aux premières loges pour repenser leurs produits, leurs achats, leurs opérations et leurs modèles d’affaires. Elles peuvent, par exemple, explorer le potentiel d’offrir à leurs clients un service de maintenance et réparation, de vendre des services ou un usage plutôt que des produits et d’offrir une nouvelle gamme de produits usagés ou reconditionnés.

Les retombées potentielles de l’économie circulaire peuvent être de plusieurs ordres pour ces organisations : une réduction des coûts, une meilleure profitabilité, une création d’emplois, une fidélisation de la clientèle, une réduction des impacts environnementaux, une sécurisation des approvisionnements et une meilleure résilience.

La mise en place d’une démarche de circularité fait appel à plusieurs fonctions de l’organisation. Les entreprises, commerces et industries qui prennent ce virage sont amenés à tisser de nouveaux liens avec leurs clients et fournisseurs, et peuvent aussi être impliqués dans des écosystèmes d’acteurs locaux, comme c’est le cas en écologie industrielle. 

Historiquement, l’économie sociale a été présente au Québec dans le secteur du réemploi, du tri et du recyclage de matières résiduelles, avec plusieurs succès notoires, mais également de nombreux défis. Au moment où il devient impératif de collectivement façonner la transition sociale et écologique, les valeurs, pratiques et modes de développement propres à l’économie sociale en font un vecteur tout indiqué pour accélérer cette transition.

De par leur fonctionnement démocratique, leur ancrage territorial, leurs responsabilités et leurs retombées sociales, les entreprises d’économie sociale sont vues comme un maillon à fort potentiel pour accélérer la circularisation de l’économie, par et pour les régions du Québec.

Les grandes villes apparaissent depuis peu comme de nouveaux leaders de l’économie circulaire. Amsterdam a lancé le mouvement, en 2014, avec un plan d’action d’envergure qui devra notamment se concrétiser dans un nouveau quartier entièrement pensé selon l’économie circulaire. Paris, avec des États généraux annuels sur l’économie circulaire depuis 2015, Bruxelles avec son programme régional, Séoul, la capitale en devenir de l’économie de partage, et bien d’autres, se lancent avec beaucoup d’ambition dans cette voie. En France, c’est à l’échelle des régions que sont élaborés les plans d’action d’économie circulaire.
Le déploiement de l’économie circulaire à l’échelle d’un territoire permet notamment de :

  • Mieux comprendre les flux de biens, matières, d’eau, d’énergie, afin de cibler les secteurs et ressources prioritaires.
  • Identifier les acteurs moteurs et les maillons manquants sur le territoire pour créer de nouvelles boucles de valeur.
  • Créer des écosystèmes d’acteurs innovants en imaginant ensemble des scénarios désirables, avec des modèles d’affaires et des cibles de productivité/circularité reliant des organisations complémentaires.

Au Québec, les organismes de développement régional ont un rôle-clé dans l’accompagnement des entreprises vers les symbioses industrielles, et plus globalement l’amorce de démarches d’économie circulaire territoriales. Les municipalités et régions auront aussi un rôle-clé à jouer, par exemple, en:

  • Adaptant la réglementation à de nouvelles stratégies comme l’économie collaborative. 
  • Agissant sur ses propres services de façon exemplaire afin d’inspirer les autres acteurs du territoire et de créer un effet de levier en intégrant des critères d’approvisionnement responsable dans les marchés publics. 
  • Appuyant des initiatives entrepreneuriales et citoyennes par la mise en place de projets collectifs attrayants (ex. : les « ruelles circulaires et intelligentes », de nouveaux « tiers lieux de l’économie circulaire »).

Les gouvernements sont responsables de mettre en place de mettre des conditions favorables à l’émergence d’une économie circulaire, notamment par l’adoption de mesures réglementaires adaptées, de politiques et de mesures fiscales cohérentes et de programmes de financement pour appuyer le changement d’un modèle linéaire vers un modèle circulaire. L’intégration d’une pensée circulaire dans les pratiques d’approvisionnement public ou dans la réalisation de projets majeurs, tels que les investissements en infrastructures, sont des leviers importants pour appuyer cette transition. Dans une perspective de mondialisation, la création de conditions de marché favorables à l’économie circulaire et la mise en place de liens de collaboration avec d’autres états sont aussi importantes. Les gouvernements sont également responsables de mesurer leurs propres progrès en matière d’économie circulaire et de s’assurer que la transition permettra non seulement des retombées économiques, mais aussi environnementales et sociales.   
 
Pour les états, les bénéfices de l’économie circulaire sont nombreux. Elle permet de créer des emplois locaux et de stimuler l’innovation, tout en aidant à réduire l’écart grandissant entre la disponibilité des ressources et la demande croissante des entreprises et des consommateurs. De plus, elle a pour effet de rendre l’économie plus résiliente face à la volatilité des prix des matières premières et de l’énergie, et face aux risques de pénurie sur le marché. Elle contribue directement à la transition énergétique et la lutte aux changements climatiques.

Texte rédigé par le ministère de l'économie et de l'innovation.

La transition vers l’économie circulaire soulève des enjeux complexes. Elle ouvre à de nouveaux champs de recherche basés sur les savoirs combinés issus de plusieurs disciplines.

Au Québec, l’Institut EDDEC fédère plus de 50 experts sur le campus de l’Université de Montréal et ses écoles affiliés, en plus d’y associer le réseau du CIRODD et le savoir-faire du CTTEI. Plusieurs projets de recherche ont été réalisés récemment, notamment sur les retombées économiques de l’économie circulaire, et l’application de ce modèle à trois métaux stratégiques pour le Québec.

En plus de développer le savoir nécessaire au déploiement de l’économie circulaire, les chercheurs doivent anticiper les effets rebonds possibles des stratégies de circularité. Par exemple, si l’achat de biens usagés permet aux consommateurs de réaliser des économies et d’éviter le recours à des matières vierges pour la fabrication de biens neufs, est-ce qu’ils investiront les sommes ainsi économisées dans d’autres produits ou activités générant des impacts sur l’environnement égaux ou supérieurs à ceux évités par l’achat de biens usagés ?  

Le milieu académique devra également permettre à la relève de développer de nouvelles compétences, non seulement pour permettre de déployer les douze stratégies d’économie circulaire, mais aussi pour lui apprendre à travailler dans un esprit de collaboration avec divers acteurs et entre fonctions organisationnelles. 

Des programmes de formation sont déjà disponibles au Québec, mais beaucoup reste à faire pour intégrer l’économie circulaire aux différents cursus (voir ci-dessous la section sur les fonctions organisationnelles et disciplines académiques concernées).

La finance consiste en l’action de fournir l’argent nécessaire à la réalisation d’une opération économique, qu’elle soit à l’échelle d’une société, d’une entreprise ou même d’un ménage. En ce sens, elle est une étape fondamentale dans tout processus de développement, que ce soit aux niveaux micro, méso ou macro. L’économie circulaire, étant une innovation qui repense les modes de production et de consommation en faisant rupture avec l’économie linéaire, a un important potentiel de se placer comme nouveau paradigme économique. Le financement de projets d’économie circulaire, lorsque conjugué avec un financement du mode de propriété collectif, se présente dès lors comme une occasion de financer un nouveau paradigme économique qui saura lutter contre les changements climatiques et les inégalités en vue d’une économie plus durable, plus juste et plus démocratique.

Texte rédigé par Fondaction

La transition vers l’économie circulaire ne pourra s’opérer sans la participation des citoyens. Par la consommation responsable, ils peuvent inciter les entreprises à développer de nouvelles offres de produits et services répondant davantage à des critères de durabilité. Au sein de leur communauté, nombre de citoyens se regroupent pour développer des initiatives innovantes, en particulier en économie collaborative. Ces modes de consommation alternatifs leur permettent non seulement de préserver, voire accroître leur pouvoir d’achat (ex. : location de produits, partage et vente de leurs biens…), mais aussi de tisser de nouveaux liens sociaux autour de l’échange et du partage d’objets et de services.

Le passage à une économie circulaire suppose aussi que les citoyens/consommateurs apportent des changements profonds à leur relation aux objets et aux ressources :

  • Se considérer comme l’utilisateur d’un bien plutôt qu’un consommateur.
  • Percevoir les matières résiduelles comme des ressources plutôt que des déchets.
  • Dissocier son bien-être de la consommation de produits.
  • Être un acteur actif de la chaîne de valeur circulaire (boucle de valeur).

Ainsi, les consommateurs jouent un rôle important dans la fin de vie/cycle de produits. Plus souvent qu’auparavant, ce sont eux qui décident si un produit donné sera réparé ou jeté, donné, revendu ou recyclé. Le comportement des consommateurs est donc fondamental dans l’établissement d’une économie circulaire. 

Les ONG environnementales et experts en développement durable ont déjà développé de nombreuses compétences essentielles au déploiement de l’économie circulaire, comme les plans de gestion de matières résiduelles, les programmes d’efficacité énergétique ainsi que les démarches d’approvisionnement responsable et de dialogue avec les parties prenantes. Les équipes environnement et développement durable des organisations seront au cœur des démarches de circularité.

Bien que ce nouveau modèle économique ne permette pas à lui seul d’atteindre un développement durable, il semble être, à ce jour, la voie toute indiquée pour amorcer une réelle mobilisation des acteurs :

  • Il s’agit d’un cadre de solutions plutôt qu’un ensemble de problèmes à résoudre. En plus d’être nettement plus séduisante qu’une liste de     problèmes environnementaux et sociaux à résoudre, cette approche facilite le passage à l’action et l’engagement des individus.
  • Il donne la possibilité de montrer clairement le mouvement sociétal auquel chacun contribue. En consultant la carte des initiatives, les acteurs pourront constater que leur contribution a une réelle influence et qu’ils ne sont pas seuls à s’engager, levant ainsi des objections très fréquentes en développement durable, telles que « tant que la Chine ne s’y mettra pas, les PME n’embarqueront pas, mon patron n’y croira pas, la direction financière ne s’impliquera pas… ».
  • Il apporte également une réponse essentielle à l’engagement des dirigeants : une approche économique et centrée sur les enjeux actuels des entreprises (ex. : réduction de la volatilité du prix des matières premières, meilleure profitabilité, sécurisation de l’approvisionnement)

 

Acteurs d'une organisation

Passer à une économie circulaire amène les organisations à développer de nouveaux services, comme la vente de produits reconditionnés, et de nouveaux modèles d’affaires, comme l’économie de fonctionnalité. Cette démarche suppose de tisser des liens plus étroits avec l’ensemble des acteurs de leur chaine de valeur, et peut modifier significativement la nature des liens avec leurs clients et fournisseurs. Ces changements ne pourront s’opérer sans la contribution des dirigeants de l’organisation, et de la fonction planification et stratégie. Ils ont évidemment un rôle-clé à jouer pour engager l’ensemble des fonctions de leur organisation.
Concevoir des produits qui utilisent le moins de ressources et d’énergie possible, peuvent être mutualisés entre plusieurs utilisateurs et reconditionnés facilement pour avoir plusieurs vies utiles : voilà des exemples de défis que l’économie circulaire lancent aux équipes de R&D et conception. Elles pourront aussi être amenées à imaginer de nouvelles offres basées sur les co-produits générés. Ces équipes s’appuieront sur les nombreuses initiatives en cours et outils disponibles en écoconception.

Le passage à une économie circulaire suppose que l’ensemble des organisations intègrent de nouveaux critères d’achat dans leurs politiques d’approvisionnement. Par exemple, en privilégiant l’achat de services plutôt que de produits, et en privilégiant les produits reconditionnés ou recyclés, plutôt que les produits neufs. En étant au cœur des processus d’achats de leur organisation, l’équipe d’approvisionnement peut également questionner les réels besoins et saisir les opportunités de réduire à la source la quantité de biens et services consommée.

Chez les manufacturiers, les acheteurs seront aussi amenés à :

  • Tisser des liens avec les organisations voisines pour identifier les opportunités de symbioses industrielles.
  • Travailler de concert avec la production si l’organisation souhaite passer en boucle fermée, en s’approvisionnant à même leurs produits en fin de cycle ou à partir de produits similaires.
  • Accompagner leurs collègues de la R&D pour identifier les matériaux et fournisseurs à privilégier afin de réduire les risques liés à l’approvisionnement.

L’économie circulaire est donc une occasion de renforcer les démarches d’approvisionnement responsable des organisations.

Les équipes de production sont aux premières loges pour cibler et réduire les pertes d’énergie, d’eau et de matières tout au long du processus de fabrication. Elles seront au cœur du déploiement de la stratégie d’optimisation des opérations.

L’économie circulaire les amènera aussi à explorer de nouvelles avenues, comme de valoriser les chutes de production et utiliser des matériaux recyclés, de reconditionner leurs produits après leur première boucle d’usage, ou tester de nouvelles technologies comme la fabrication additive (impression 3D).

En étant à l’affût des besoins et des attentes de leurs clients, les spécialistes en marketing et vente peuvent orienter le choix des stratégies les plus pertinentes pour l’organisation. Ils sauront tester leur intérêt pour de nouveaux modèles d’affaires comme l’économie de fonctionnalité. L’économie circulaire peut leur apporter des opportunités d’ouvrir de nouveaux marchés, pour valoriser un co-produit, par exemple, ou pour revendre des produits usagés ou reconditionnés. Ils pourront ensuite redéfinir la stratégie de mise en marché du produit, en s’assurant que les équipes de vente disposent des outils et arguments pour bien les positionner.

Les services après-ventes doivent être renforcés si des services d’entretien, de réparation et de reconditionnement sont offerts par l’organisation. Ces derniers sont souvent bien placés pour connaitre les limites et points faibles de leurs produits en matière de durabilité (ex. défectuosités).

Afin de réduire l’impact environnemental du transport, notamment la quantité d’énergie fossile consommée, les logisticiens pourront, par exemple, s’appuyer sur les nouvelles technologies d’information pour optimiser les trajets, privilégier des modes de transport alternatifs et consolider les approvisionnements.

Une logistique inversée doit aussi être déployée pour récupérer les produits en fin de cycle et mettre en place un réseau d’intermédiaires qui pourront non seulement participer à la récupération des produits, mais également en assurer la réparation, le reconditionnement ou le recyclage de leurs composantes. Les logisticiens devront s’assurer que les flux de récupération soient synchronisés avec les flux de production.
Les gestionnaires de la comptabilité et des finances doivent établir des paramètres et des conditions financières qui permettront à l’entreprise de passer à une économie circulaire. Une démarche de circularité peut avoir une influence majeure sur les stratégies financières à mettre en œuvre. Par exemple, pour passer de la vente d’un produit à la vente de son usage, les flux financiers sont passablement modifiés et l’entreprise voit son actif augmenter de façon importante puisqu’elle demeure propriétaire de ses produits et de son capital matière. Dans une stratégie du type économie collaborative, l’entreprise peut être le propriétaire de ses produits ou ne servir que d’intermédiaire entre les agents du marché.

La comptabilité joue un rôle important pour estimer les gains financiers potentiels liées à l’économie circulaire (ex. : valorisation des chutes de production ou co-produits, économies d’énergie, mutualisation d’équipements avec des entreprises voisines).
Les équipes environnement et développement durable ont déjà développé de nombreuses compétences essentielles au déploiement de l’économie circulaire, comme les plans de gestion de matières résiduelles, les programmes d’efficacité énergétique ainsi que les démarches d’approvisionnement responsable. Elles seront donc fort utiles au déploiement des démarches de circularité.

Ces équipes ont également l’habitude de collaborer dans des projets transversaux impliquant plusieurs fonctions de l’organisation. Celles qui ont amorcé un dialogue avec leurs parties prenantes pourront aussi mettre à profit cette expertise pour développer une approche collaborative avec l’ensemble des acteurs de la chaine de valeur.