LAB d’accélération de la filière maritime: «On a soif d’innovation»

 
La démarche de concertation portée par Synergie 138, le LAB d’accélération de la filière maritime valorise les matières organiques marines de la Côte-Nord. C’est l’une des 5 initiatives lauréates retenues parmi près d’une centaine par le jury des Prix initiatives circulaires 2021. Quels sont les opportunités et les défis d’une telle démarche multiacteurs? Trois personnes impliquées dans le projet répondent à nos questions : Marine Martal et Édith Corbeil, agentes d’économie circulaire de Synergie 138, et Frédérique Néron, directrice recherche et développement de Crevette Sept-Îles et participante au LAB.

 

D’où est venue l’idée d’un LAB d’accélération de la filière maritime sur votre territoire?

Marine Martal// L’idée du LAB est venue d’un atelier de réflexion sur la récupération des coproduits marin de la Côte-Nord intitulé Marine Café. Cet événement a réuni des transformateurs marins, des centres de recherche et des partenaires de développement économique. On est arrivé à la conclusion qu’on souhaitait mettre sur pied un comité qui travaille sur la question. C’est ainsi que le LAB est né pour partager de l’information et de travailler dans un esprit collaboratif. Cette démarche de concertation est essentielle au développement des projets de valorisation.

Coproduits marins: résidus organiques de transformation des produits qui ne sont pas inclus dans le produit principal destiné à la vente (par exemple: carapaces, têtes, écailles, carcasses de poisson).

Nous avions aussi cette volonté de rassembler les acteurs locaux pour garder les produits disponibles sur la Côte-Nord, en faire la transformation ici même. On limite ainsi les émissions et on développe l’expertise et les retombées locales.

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Qu’est-ce qui vous a incités à aller vers le secteur maritime? 

Marine Martal// Des audits réalisés en 2019 dans la région ont mis en lumière les problématiques et l’urgence d’agir. L’industrie de la pêche est très présente en Côte-Nord ; elle exporte partout dans le monde et possède plusieurs entreprises de transformation. On estime à 4 000 tonnes le volume de coproduits marins disponibles entre Tadoussac et Blanc-Sablon. Ça semble beaucoup, mais sur tout ce territoire, avec la distance entre les lieux de production et de transformation par exemple, il vaut mieux se regrouper pour envisager des projets viables.

Qu’est-ce qui motive les participants à prendre part au LAB?

Frédérique Néron// De mon côté, avec quelques recherches, j’ai pris connaissance de toutes sortes d’innovations à base de coproduits. Je n’aurais pas eu les moyens, seule, de les mettre en branle. Avec Synergie 138, on se rassemble et on réalise qu’on a tous les mêmes problèmes et chacun nos forces. Chacun a quelque chose à apporter, et un projet de cette ampleur devient beaucoup plus facile à réaliser en groupe, à l’aide de l’ensemble de la collectivité. Il faut amener les transformateurs, les conditionneurs, les chercheurs et ceux qui peuvent apporter une aide financière à discuter des possibilités d’échanges. Par exemple, des chambres froides inutilisées en hiver qui peuvent servir à l’entreposage, des transports qui peuvent être maximisés, des coproduits qui peuvent être valorisés comme fertilisants en agriculture bio, etc.

Comment Synergie 138 peut inspirer d’autres organisations au Québec?

Édith Corbeil// Synergie 138 représente l’alliance de quatre sociétés d’aide au développement des collectivités  (SADC) dans un projet commun. Le territoire de 247 860 km2 que nous couvrons regroupe 151 170 habitants dans dix MRC et neuf communautés autochtones. 

On a soif d’innovation! On travaille beaucoup en collaboration avec des centres de recherche, on s’implique avec les chambres de commerce. On saut sur les opportunités pour démystifier et propager l’économie circulaire!

Une autre particularité inspirante : notre amour pour le biomimétisme. La nature, c’est une source de solutions infinies, et on s’en inspire dans nos initiatives d’économie circulaire. 

Finalement, il faut se rappeler que ce qu’on considère comme des solutions innovantes existent parfois depuis des centaines d’années. Elles se sont simplement perdues avec le temps. On aime bien revisiter ces savoirs-là!

Y a-t-il des opportunités à saisir présentement pour les entreprises qui s’intéressent à l’économie circulaire?

Édith Corbeil// En ce moment, il y a beaucoup financement disponible pour lancer de nouvelles études, faire de la recherche et du développement. Avec la pandémie, on peut aussi parler d’un momentum pour passer à l’action. L’ensemble de la province a mené une réflexion sur le genre de système qu’on veut mettre en place. La pandémie nous a aussi beaucoup fait nous questionner sur nos systèmes d’approvisionnement et les circuits courts ont suscité énormément d’intérêt.

Concrètement qu’est-ce qu’une entreprise comme Crevette Sept-Îles voit comme bénéfices potentiels d’un modèle plus circulaire?

Frédérique Néron// Simple calcul de coûts : si je vends ma coquille de crabe je viens faire un profit supplémentaire. Je participe à l’effort collectif en plus de créer de la richesse.

C’est aussi un avantage au niveau de l’attraction de la main-d’œuvre. Ça nous permet d’aller chercher les jeunes qui cherchent un emploi près de leurs valeurs. Il y a tellement de poissonneries et le marché est compétitif : il faut se démarquer.

Quelle opportunité représente l’économie circulaire pour vous?

Édith Corbeil// L’émergence de nouvelles collaborations! Les liens se tissent et ça devient un réflexe d’échanger des matières, mais aussi des conseils, des solutions. Lorsqu’on crée une nouvelle symbiose où on récupère des produits d’un commerce, on vient aussi créer de nouveaux points de vente pour sa marchandise. On multiplie ainsi son rayonnement. Les intrants dont on s’approvisionne ne coûtent pratiquement rien lorsqu’ils sont à base des déchets d’une autre organisation. Évidemment, on limite l’extraction de matières neuves et le transport sur de longues distances, ce qui est bon pour l’environnement.

Comme le récent rapport sur l’indice de circularité l’indique, avec 3,5 % de matières circularisées au Québec, on a besoin de beaucoup s’améliorer encore. De petites initiatives peuvent faire une grande différence.

Avez-vous un conseil pour les organisations qui souhaiteraient se lancer dans une démarche d’économie circulaire?

Édith Corbeil// Il faut prévoir du temps ainsi qu’une ressource qui peut assurer un suivi et compléter les demandes de subvention. Ceux qui réussissent et se démarquent sont ceux qui sont motivés par la démarche, qui ont pris le temps de s’y pencher, qui sont prêts à collaborer et qui y croient! Au bout du compte, ça représente des économies et de la visibilité. Ça vaut la peine.

Pour en savoir plus sur Synergie 138.

Vous portez un projet d’économie circulaire? C’est le moment de faire connaître votre initiative avec les Prix initiatives circulaires 2022! Inscrivez votre organisation en répertoriant votre initiative sur la cartographie interactive de la plateforme.

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