Miser sur la fonctionnalité | D’innombrables bénéfices, selon le CIRIDD

Miser sur la fonctionnalité | D’innombrables bénéfices, selon le CIRIDD
Depuis plus de dix ans, le Centre International de Ressources et Innovation pour Développement Durable (CIRIDD), basé en France, s’intéresse à l’économie de fonctionnalité et de la coopération (EFC). Son directeur, Denis Cocconcelli, croit dur comme fer en ce modèle socio-économique.

Pour certains, l’EFC est considérée comme un modèle d’affaires. Pour Denis Cocconcelli, c’est beaucoup plus que cela. «Il s’agit d’un modèle de coopération socio-économique, explique-t-il. C’est un processus de changement, une trajectoire qui s’inscrit dans le temps.» 

Ce modèle, qui fait partie des douze stratégies de circularité, «établit une nouvelle relation entre l’offre et la demande qui n’est plus uniquement basée sur la simple vente de biens ou de services, selon l’Agence de la transition écologique (ADEME). La contractualisation repose sur les effets utiles et l’offre s’adapte aux besoins réels des personnes, des entreprises et des collectivités ainsi qu’aux enjeux relatifs au développement durable.»

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EN SAVOIR PLUS SUR L'EFC

Il s’agit d’un modèle de coopération socio-économique, explique-t-il. C’est un processus de changement, une trajectoire qui s’inscrit dans le temps

-Denis Cocconcelli

 

Les avantages sont en effet nombreux, selon Denis Cocconcelli, qui mentionne la construction d’une solution avec les clients. «L’EFC est une nouvelle posture, qui va bien au-delà du besoin. C’est une observation sur le terrain, une mesure, un suivi des indicateurs de satisfaction, souligne-t-il. On ne travaille pas seulement avec les clients au moment de signer le contrat, mais on met en place une relation pour trouver une solution qui évoluera en fonction des usages.»  

Dans l’entreprise elle-même, l’EFC permet de fédérer les équipes, alors que la mutation se fait aussi en interne. «La coopération à l’interne est nécessaire pour faire évoluer les postures, valoriser les métiers et les savoir-faire, développer une qualité d’écoute, estime Denis Cocconcelli. Les équipes techniques ont leur part de responsabilité dans le maintien de la solution.» . Comme le service est désormais valorisé et rémunéré, reconnu par le client, la dimension du conseil et de la prévention gagne du terrain. En d’autres termes, on anticipe plutôt que d’éteindre des feux.

Bénéfices écologiques et économiques

L’impact positif de l’EFC sur l'environnement est indéniable et un rempart à l’obsolescence programmée, puisqu’il s’agit de garantir l’efficacité et la longévité d’un produit. «Ça engage à faire des choix en termes de qualité, de pouvoir s’approvisionner en pièces détachées tout en garantissant un service derrière, ajoute Denis Cocconcelli. On n’est plus dans une logique à court terme de vente d’un produit avec un prix et une disponibilité, mais dans la maîtrise d’une solution technique dans le temps, le tout à proximité.»

L’adoption d’un modèle plus durable présente également des avantages économiques significatifs pour les entreprises. «Plutôt que de simplement vendre un produit, elles peuvent proposer des contrats de long terme qui incluent l'entretien, les mises à jour et d'autres services connexes, poursuit l’expert. Cela permet de générer des revenus plus stables et prévisibles.» Cette visibilité contribue à mieux se protéger en cas de crise, qu’elle soit géopolitique, économique ou climatique, de se préserver des aléas de la financiarisation et de la volatilité des prix. 

C’est une nouvelle façon de voir les choses, on apporte une solution technique qui n’est pas dans une logique consumériste

-Denis Cocconcelli

Adhérer à un nouveau modèle peut prendre du temps. S’il n’existe pas de plan universel, une entreprise commence généralement par augmenter la valeur servicielle en continuant de vendre de l’équipement, puis elle développera progressivement d’autres services pour finalement favoriser le résultat, plutôt que la vente du produit. In fine, elle peut devenir propriétaire du produit, en prendre la responsabilité et s’assurer de ce qu’il en advient sur son cycle de vie complet. «C’est une nouvelle façon de voir les choses, on apporte une solution technique qui n’est pas dans une logique consumériste», croit Denis Cocconcelli.

 

Club CLEF

Au CIRIDD, les entreprises peuvent compter sur le club CLEF, club des entreprises engagées dans l'économie de la fonctionnalité, qui catalyse les partenariats et les échanges de connaissances. Il rassemble, entre autres, des collectivités, des industriels, des personnes issues de la recherche, et accompagne les entreprises dans la démarche vers l’EFC. Ces dernières peuvent travailler ensemble pour développer des solutions plus complètes et efficaces, en partageant des ressources et des expertises. Cette collaboration renforce également le tissu économique local et favorise le développement de nouvelles opportunités commerciales.

Les banques ont aussi fait partie de l’équation dès le départ, puisque la démarche vers l’EFC implique une évolution de ses pratiques. «Dans un modèle socio-économique fondé sur un revenu, il fallait désormais financer les investissements tout au long de la prestation, faire des ajustements, inclure les prestations réparation, indique Denis Cocconcelli. C’est donc aussi un changement pour les banques.»

 

Denis Cocconcelli et l’EFC

Quelques années avant l’arrivée de Denis Cocconcelli au CIRIDD, les administrateurs du CIRIDD se sont demandé comment s’engager des plans d’action concrets, en termes de développement durable en entreprise. Une étude prospective a été lancée afin d’apporter un éclairage sur les différents scénarios et chemins de transition possibles.

De son côté, lorsqu’il a pris les rênes de la structure en 2011, Denis Cocconcelli avait pris conscience de l'érosion de la part du produit dans les services. «J’ai remarqué que les clients achetaient des produits à distance et demandaient aux prestataires de les installer et de les entretenir, sans que les services rendus soient rémunérés à leur juste valeur, raconte-t-il. Cette valeur se perdait alors dans le produit, au détriment des équipes qui en étaient responsables.»

Fort de son expérience personnelle et des travaux menés par le CIRIDD, l’expert a lancé les travaux sur l'EFC. «L'objectif était de valoriser les fonctions et les usages, et de transférer les démarches d'innovation et d'écoconception de produits vers une approche centrée sur les services», précise-t-il. Un premier groupe pilote constitué de plusieurs entreprises a été mis sur pied pour expérimenter, tester, créer des méthodes et révéler les besoins ainsi que les freins associés à une démarche vers l’EFC. C’est ainsi qu’est né le club CLEF, dont les programmes d’accompagnement se poursuivent aujourd’hui encore.

 

La collaboration entre le CERIEC et le CIRIDD au service de l'EFC est soutenue par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de la République française, dans le cadre de la Commission permanente de coopération franco-québécoise.

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Auteur de la page

Pascaline David

Modérateur

Emilie Chiasson

Conseillère en communication - Économie circulaire